Je passe l'entrée de la ferme et me retrouve immergé dans un autre monde, la beauté du site saute aux yeux, mais j'ai à peine le temps de le contempler que déjà Labo M est partout dans l'air : dans cette comédienne aux lunettes 70s qui me saute dessus pour me demander (implorante) le programme que j'ai en main, ces 3 autres qui se couchent devant nous alors qu'on se dirige vers la porte principale, et ces funambules qui ont déjà commencé à faire zigzaguer leurs corps. Partout ou je pose mes yeux je suis hypnothisé par cette atmosphère unique où rien n'est prévisible, où l'on ne réalise pas où l'on se dirige ni ce qui se passe exactement et qui est acteur ou pas, les comédiens ne se differenciant en rien de nous les spectateurs. Surréaliste.
Le Flantre au Caravanserail se charge pour beaucoup d'entre nous de débuter la soirée : une improvisation de 15 minutes, où lentement on voyage au son d'une musique delicieusement bancale, à quelques mètres de ce groupe, sans sécurité, sans barrière, pour initier cette connexion artistes/public qui ira crescendo au cours de la nuit et des concerts. Je ressort de cette petite salle et sur la pelouse d'autres spectateurs regardent un jongleur et une funambule, pendant que d'autres se baladent semble-t-il à la découverte du site, et au gré des happenings...
Et puis Bumcello. Repetez ce nom, chantez le, hurlez le si besoin, mais pendant une heure ce duo violoncelle électrique/percussions m'aura donné du merveilleux, une lecon de beauté musicale inoubliable : Vincent Segal (Cello) qui joue du violoncelle/contrebasse/guitare sur un même instrument, samplant des bouts de sa prestation pour se lancer en roue libre dessus, avec une palette incroyablement variée de couleurs musicales, tous les styles passent au mixeur, s'entrechoquent et se superposent en beauté. Jamais je n'avais entendu CA : ce violoncelle et ses pédales d'effets qui le metamorphose, cet artiste qui ne ma parait plus penser son jeu d'un point de vue technique, ni la structure d'une chanson; et puis Bum (Cyril Atef qui m'a dedicacé gentiment ma place) parfait complement du Cello.
L'air halluciné il descend dans le public avec ses congas, nous invite à se lever et jeter les coussins en l'air, tout le monde s'execute joyeusement, danse aussi et moi je suis sur un nuage, plus encore lorsque je réalise que ce que je sens contre mon dos est le battement de la corde que monte une des funambule : tout au long du concert deux d'entre elles se balancent au dessus de ma tête, à 7 m du sol. Le regard se pose alternativement sur le groupe et les (très belles d'ailleurs) artistes de la corde, pendant que tout le monde lance des coussins. C'est totalement surréel, mais merveilleux.
Bizarre qu'en écrivant ca j'ai aussi l'impression assez désagréable de me vider de toute la beauté d'hier, autant faire une pause alors. (ellipse)
'hop! c'est magique vous l'avez même pas senti. c'est reparti on continue.
Labo M jusque là n'est pas juste un moyen de faire passer les 3h00 avant le concert de M, puisque son étoile à lui ne brille qu'à partir de 21h30. L'occasion de se balader encore après Bumcello, de déambuler avec les yeux brillants et de rencontrer Alexis HK dans le Hall, seul sur l'estrade, une quinzaine de personnes qui l'écoutent et le reste qui déambule, mal à l'aise face à cette situation : "je deteste les halls, et surtout les gens dans les halls...Non c'est vrai je vais pas faire de la démagogie mais là je suis super mal à l'aise...".
Et puis M, dans une salle de 1000/1500 personnes, qui va se livrer à un resumé de ses tournées : d'abord seul pour "le baptème" et "la fleur" dans le look et l'ambiance "Le Baptème" puis rejoint par Vincent Segal, Cyril Atef et Shalom (ces deux derniers sont glissés avec leurs instruments sur une estrade par les techniciens en plein milieu des chansons...effet garanti!) au fil des chansons, on arrive à la tenue "Je dis Aime" puis "Qui De Nous Deux" avec la venue de Seb Martel à la guitare...
J'en suis sorti dans un état d'esprit étrange, ne sachant plus vraiment si j'avais aimé ou pas, me couchant quasiment décu...C'est plusieurs heures après qu'en y pensant et en en parlant je commence à rassembler des fragments du concert de plus en plus gros, de plus en plus énormes et fantastiques : M à 50 cm, son solo dans la foule juste devant moi, les artistes deguisés en acariens qui envahissent la salle, les chansons jamais réentendues en live du premier album, l'énergie, la classe de tous les musiciens qui débarquent les uns après les autres, Cyril Houplain assis à une petite table sur le bord de la scène pour mettre en image les chansons, la funambule qui se balance sur "ma mélodie" pendant qu'on apercoit les silhouettes d'autres artistes derrière un rideau : ils jonglent, dansent...Pour l'instant je met le puzzle en place, mais il me faudra probablement plusieurs jours pour réaliser et ressentir vraiment QUI j'ai vu. Spectale total, musical avant tout evidemment mais tout ce qui gravite autour de son personnage est fabuleux, la danse, le cirque, Celine qui vient chanter exceptionnellement avec lui sur "Bonoboo", et le fabuleux public qui vibre, chante, se tremousse avec bonheur. C'est ca le truc de ce concert et du Labo M, donner du bonheur, de la serenité, de l'amour, de la vie pour les jours à venir. Et j'écris ca avec un immense sourire qui commence à me démanger.
Et dire que ca va durer 4 jours...