A chaque fois, le disque s'amorce sur cet orgue crépusculaire et la voix de christophe "elle dit, elle dit, elle dit...", qui met légerement mal à l'aise, mais sans qu'on en ait vraiment le choix on a déjà mis un pied dans un disque totalement libre, qui plane bien au dessus de toute la production actuelle. Avec un maximum de travail sur des machines, (mais aussi pas mal d'instruments classiques), Christophe (photo magnifique de lui sur la pochette d'ailleurs) ramène son disque à une dimension totalement naturelle, où l'on est juste un humble spectateur. Il est porté, lui et ses chansons, par des textes magnifiques, chantés d'un air désabusé mais bienveillants, comme si celui qui déclamait se penchait gentiment de son piedestal sur celui qui écoute, plein d'espoir, l'invitant à partager avec lui un au-delà, qui au départ est incompréhensible mais qui va se dévoiler jusqu'à devenir d'une beauté inouïe. Chaque fois un même voyage, des lieux et des personnages qu'on croise jusqu'à ce qu'ils en deviennent familiers, un grand palais de marbre rose envahit par les plantes, une femme, un vieux bluesman à la voix rauque, l'infini et le désert, ses carcasses de voitures des années 50' (comme un clin d'oeil à l'ancienne vie de "chanteur francais" de Christophe) en dessous d'un ciel bleu aux nuages d'or, on se croirait dans une estampe de Miyazaki ou de Moebius, un ex-monde construit par les hommes mais finalement repris en main par quelque chose qu'il nous dépasse. Juste quelque escales pour revenir sur terre, "voir", une dernière escale avant un "sous l'eau de rose" qui laisse totalement rêveur, à tel point qu'on est etonné de voir qu'on est bien sur terre, dans son salon ou dans sa chambre quand on l'arrête, et qu'on regrette un peu de ne pas pouvoir continuer, jusqu'à la prochaine écoute où tout recommencera encore une fois...Comm' si la terre penchait est "juste" un disque mais à chaque écoute on voyage dans un rêve, on oublie les chansons pour une histoire, pour se faire prendre par quelque chose totalement hors du temps.