"Ca c'est l'histoire de...Melody Nelson" ...Melody Nelson, histoire alambiquée, le souvenir d'une fille, trop naîve pour être crédible mais dont Gainsbourg s'entiche alors qu'elle n'était sortie de nulle part (il la rencontre en la renversant avec sa Rolls). Au dela des textes magnifiques et des rimes malignes, une histoire murmurée par un Gainsbourg qu'on imagine facilement écrire ca de nuit, un cigare à la main, dans un nuage de fumée, assis sur le lit d'une chambre d'hotel crasseuse.
Mais tout ce qui compte en fait pour être frappé par Melody au départ c'est l'écrin musical : les arrangements de cordes superbes, grandioses, de Jean Claude Vannier ("La valse de Melody"), des envolées sur des chansons toujours belles, d'abord légères sur la première face du vinyle. Après ca, deuxième côté plus cru, plus bancal, à coup de guitares distordues...Atmosphère de blues profond, quand il parle de Melody comme d'un souvenir : une basse en plomb, un piano de bar, et subitement l'orchestre qui va donner encore plus de puissance à cette mélancolie. Au fil des chansons, l'orchestre laisse de plus en plus la part belle à ce duo basse-guitare au son dégoulinant. Pendant que Gainsbourg s'enfoncant dans un murmure rauque, raconte l'histoire de cette fille, d'abord aveuglé par le souvenir - vécue d'abord comme un paquet tombé du ciel, elle devient la promesse d'une multitude d'histoires et de conneries, pour finir sur une note plus tragique. Il raconte ca comme n'importe quel vieux bluesman, ironique et triste. Tout ca est de plus en plus asphyxiant, pesant, mais à la fois fascinant parce qu'il y a à dire et à penser de cette histoire, il faut en passer par toutes ses facettes et tous les sentiments vécus, de haut en bas sur l'échelle du moral, se laisser guider par Gainsbourg. Comme n'importe quelle histoire un peu glauque vers la fin, on n'en sort pas vraiment bien mais on ne peut pas s'empecher d'écouter, jusqu'au bout, avec le sentiment un peu étrange d'avoir penetré l'intimité de Gainsbourg.